Danser pour des miettes : la fin d’une époque?
Longtemps sous-payées, les meneuses de claque des Cowboys de Dallas revendiquent leur statut d’athlètes d'élite, une reconnaissance qui pourrait bien inspirer d’autres équipes jusqu’au Québec. La série documentaire America’s Sweethearts, diffusée sur Netflix, a captivé des millions de spectateurs depuis 2024. Cette production, dont la deuxième saison est disponible depuis le 18 juin, met en lumière le quotidien des 36 meneuses de claque (cheerleaders) des Cowboys de Dallas. Bien loin des clichés, la série révèle des athlètes d'élite capables de prouesses physiques impressionnantes, comme la célèbre ligne de coups de pied et le grand écart sauté, des mouvements si exigeants que certaines ont dû ensuite subir une chirurgie à la hanche. Les meneuses de claque des Cowboys de Dallas Photo : AP / Matt Patterson Ces femmes s’entraînent jusqu’à 40 heures par semaine, assurent des performances à chaque match de l'équipe à domicile, participent à de multiples événements promotionnels et représentent la franchise sportive la plus lucrative du monde, qui est évaluée à 10 milliards de dollars, selon Forbes. Pourtant, elles n'étaient pas payées à leur juste valeur. En 2018, l’ex-meneuse de claque Erica Wilkins a intenté une poursuite contre l’organisation, révélant qu’elle gagnait 8 $ US de l’heure. Son revenu annuel net s’élevait à 4700 $ US, alors que celui qui personnifiait la mascotte de l’équipe, Rowdy, touchait 65 000 $ US par an. En 2022, Jada McLean, une vétérane de cinq ans de l’équipe, déclarait au New York Times être payée 15 $ US de l’heure. Il aura fallu attendre 2024 pour voir une réelle amélioration. Dans la deuxième saison de la série, on apprend que les meneuses de claque ont obtenu une augmentation salariale de 400 %. Bien qu’aucune annonce officielle à ce sujet n’ait été faite par l’organisation, il est rapporté que le taux horaire avoisinerait désormais les 75 $ US. Depuis deux ans, l’équipe de cheer des Alouettes s’est transformée en équipe de danse dirigée par Joëlle Bourdeau, aussi directrice d’Innova Danse, en Montérégie. Si l'engagement des 20 danseuses est immense, la réalité financière demeure modeste : elles gagnent 135 $ par match, avec une indemnité quotidienne supplémentaire pour les capitaines, mais les entraînements restent bénévoles. L'équipe de danse des Alouettes de Montréal Photo : Instagram Alsdanceteam Moi, je suis chanceuse d’avoir une équipe motivée par la passion de la danse, du football et le sentiment de famille. On essaie de rendre l’expérience la plus profitable possible, parce que le niveau monétaire, c’est vrai que ce n’est pas la plus grande motivation! Elle espère toutefois que le vent de changement amorcé par les Cowboys, dans la NFL, soufflera jusque chez nous. Pour cela, encore faut-il que les équipes soient prêtes à accorder aux danseurs la place qu’ils méritent. Annie Larouche, ex-meneuse de claque devenue ensuite directrice de l’équipe de danse des Alouettes de Montréal, de 1996 à 2021, a suivi avec intérêt la série documentaire America's Sweetheart. Elle a même eu l’occasion de rencontrer les meneuses de claque des Cowboys, en 2002, et d’en côtoyer quelques-unes au fil de sa carrière. Ce sont des athlètes de haut niveau, sans aucun doute! Il y a encore beaucoup de préjugés autour des cheerleaders. Je me suis battue contre ça dès ma première année avec les Alouettes. Elle déplore que certaines équipes de la NFL aient contribué à entretenir ces stéréotypes. Si elle salue l’augmentation de salaire accordée par la direction des Cowboys, elle apporte une nuance. Les meneuses de claque des Alouettes de Montréal Photo : Alouettes En 1996, les meneuses de claque des Alouettes gagnaient 50 $ par match et n'étaient pas payées pour les entraînements de deux heures deux fois par semaine. En 2021, ce montant avait été ajusté à 125 $ pour les membres permanentes et 150 $ pour les capitaines, toujours sans compensation pour les répétitions. Aujourd’hui directrice générale des Roses de Montréal, dans la Super Ligue du Nord, Annie Larouche continue de faire avancer la cause du sport féminin. Elle a également été la première femme à présider une équipe sportive professionnelle montréalaise, l’Alliance, en 2021. Annie Larouche, présidente des Roses, Gabrielle Lambert, Charlotte Bilbault et Marinette Pichon, directrice sportive de l'équipe Photo : Roses de Montréal Le sport féminin a longtemps été vu comme un sous-produit. Mais on est en plein changement de paradigme. On réalise qu’en leur offrant les mêmes ressources qu’aux hommes, les athlètes féminines performent tout autant. La SLN a d’ailleurs instauré un salaire minimum de 50 000 $ pour ses joueuses, en plus de meilleures conditions, notamment en matière de congé de maternité.
Nos efforts ont été récompensés, et cette hausse salariale changera nos vies
, affirme Megan McElaney, membre de l’équipe depuis quatre ans.Une réalité bien différente au Québec
Les filles, ici, font ça comme passe-temps
, explique Joëlle Bourdeau. 
Les Cowboys de Dallas, c’est une organisation gigantesque! C’est une excellente nouvelle, cette augmentation. Quand on veut des danseurs de haut calibre, on veut les payer à leur juste valeur. Plus les compensations seront intéressantes, plus le niveau va être fort.
Ça dépend de chaque organisation sportive, de ce qu’elles veulent offrir. J’ose espérer que ça va faire changer les choses!
Le point de vue d’Annie Larouche, pionnière au Québec
Ces équipes ne mettaient pas les filles en valeur malgré leur talent, dit-elle. Elles n’avaient pas la chance de démontrer l’étendue de leurs capacités.
C’est amplement mérité, mais il faut prendre en compte le niveau d’engagement exigé. On leur demande de déménager, de s’entraîner de longues heures, parfois même de modifier leur apparence physique. Ce n’est pas comparable à la réalité canadienne
, précise-t-elle.
On compensait avec les événements communautaires, qui étaient mieux payés
, indique Annie Larouche.Un vent de changement dans le sport féminin

On veut offrir un salaire de base adéquat, améliorer les conditions et, surtout, ne pas copier le modèle masculin, mais repenser de A à Z ce que peut être une ligue féminine.
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